Bilan du challenge d'écriture sur Instagram
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Bilan du challenge d’écriture d’octobre sur Instagram

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Le #WRITOBERAE2020 est un tag créé par le portail de l’autoédition sur Instagram. Tout le mois d’octobre, ce compte a proposé aux auteurs indépendants de relever le défi d’écrire sur un thème imposé chaque jour et de publier en suivant le rythme.

Bon, pour ce premier challenge d’écriture auquel je me suis attelée, j’ai eu beaucoup de mal à le tenir, ce fichu rythme. De plus, j’avais pris le parti de publier en story sur Instagram. Y taper les textes m’a pris un temps de folie et, en plus, ce mode de publication est loin d’être idéal lorsque les textes sont longs !

Il me fallait donc une autre solution. Le temps que je mette tout cela en place, j’ai pris beaucoup de retard dans les publications des textes rédigés pour l’occasion et, même si j’ai continué d’écrire, je suis loin d’avoir rempli le contrat d’un texte par jour. Et finalement, j’ai arrêté de publier ma prose restée à l’état de brouillon.

Je serai plus au point pour le prochain défi de ce genre…  Tiens, je croyais que je ne me mettais plus la pression avec les défis publics, hum, hum…

En réalité, j’aime bien le principe du challenge d’écriture. C’est motivant, cela donne de nouvelles idées, oblige à réfléchir sur des thèmes auxquels je n’aurais jamais pensés, vient ainsi ouvrir mon champ de vision et donc, potentiellement, élargir mes compétences et enrichir mes écrits. Mais je pense que je reviendrai dans un autre article vous parler des avantages.

Je ne regrette vraiment pas de m’être engagée. Ça a été une décision prise sur un coup de tête, mais une bonne décision. D’autant plus que j’ai ensuite profité de ce challenge pour démarrer un projet qui était rangé au fond des placards depuis un moment, mais j’y reviens un peu plus bas dans l’article…

Finalement, c’est un peu comme si je participais à un atelier d’écriture. Sauf, qu’au lieu d’être en petit comité, ça se passe sur le Web. Lorsque je clique sur le bouton « envoyer », eh bien, potentiellement, le monde entier peut lire mes écrits ! Et franchement, ça fiche la trouille. Après un récit de voyage publié, des dizaines d’articles de blogs, des centaines de posts sur les réseaux sociaux, j’ai toujours une appréhension lorsque je publie un texte… C’est comme ça pour vous aussi ?

Bon, je pense que vous avez compris en quoi consiste le challenge #writoberae2020 sur Instagram. Maintenant place à l’explication de ma démarche, de mon projet, et enfin, à mes textes 😉

Ma démarche pour ce challenge d’écriture

Comme ma décision de participer s’est prise sur un coup de tête, j’ai continué sur ma lancée et suis partie tête baissée dans la rédaction et la publication des premiers textes.

Au 4e jour, le thème imposé ne m’inspirait pas. Vraiment, je n’avais aucune idée de ce que j’allais pouvoir écrire.

Pour informations, les thèmes nous étaient communiqués par quinzaine de sorte que l’on pouvait y réfléchir un peu avant et laisser germer les idées. Mais bon, arrive le jour 4 et toujours pas d’inspiration.

Ce n’est qu’en fin de journée que la lumière vint tout à coup m’éclairer : j’allais écrire des scènes d’une histoire que j’avais en tête depuis un bout de temps, ainsi je ferais d’une pierre deux coups en participant au challenge et en avançant dans mes projets d’écriture de fiction.

Au départ, je pensais que cette idée me permettrait d’écrire une nouvelle. Puis, en passant à l’écriture, je me suis rendu compte que le roman était beaucoup plus adapté. Et, plus ça va, plus je me demande si une série en plusieurs tomes ne serait pas adaptée ! Mais, je n’ai pas vraiment envie de me lancer dans un roman-fleuve qui n’en finit pas, alors désormais, il faut que je passe au stade du plan pour cadrer mon travail d’écriture.

Bref, revenons-en au challenge.

J’ai donc rédigé des morceaux de cette histoire qui est en train de germer. Comme il fallait suivre des thèmes, aucune chronologie n’est respectée. Et j’ai décidé de vous les confier dans l’ordre d’écriture donc vous serez certainement un peu perdu.

Les textes issus du challenge

Je publie tous mes textes, d’un coup, ci-dessous. Il s’agit d’un premier jet sans véritable relecture, sans travail de réécriture, à peine un travail sommaire de correction.

Il va de soi que si un jour ce roman voit le jour, il y aura avant un paquet d’améliorations à apporter !

Pour cet article, je retire sciemment les 3 premiers textes écrits pour le défi puisqu’ils n’entrent pas dans le cadre de mon projet plus global.

Pour chaque journée, le sujet imposé est mentionné en italique. D’ailleurs, vous penserez peut-être que le texte rédigé n’entre pas toujours complètement dans le thème. Le problème c’est que, parfois, la plume fait ce qu’elle veut si je la laisse aller où bon lui semble.

Voici donc l’histoire d’Antonio, un jeune mexicain qui cherche sa voie.

Le petit nouveau

Sujet : Ivresse, un personnage est confus dans ses sens et émotions à cause de l’alcool

— He Tonio ! Tu es fatigué ?

— Non, non, j’suis bien là, ça va.

— Et pourquoi tu es avachi comme ça ? Tu vas bientôt piquer du nez ! répliqua José en lui resservant un verre.

L’odeur du rhum qu’Antonio avait jusque-là trouvée à son goût lui provoqua la nausée. Ça sentait la banane trop mure, limite passée, et ça, il ne pouvait plus supporter. Et puis, ils en faisaient un bruit ses comparses aujourd’hui ! Mais qu’est-ce qu’ils avaient à beugler comme ça Juan et Jose ? Tonio par ci, Tonio par là, tu prendras bien un autre verre ? Ce n’était pourtant pas son anniversaire ! Pourquoi autant de sollicitude ? Ils s’étaient montrés bien moins amicaux jusque-là.

Enfin, ça faisait du bien. Depuis le temps qu’il n’avait pas reçu de marques d’affection. Une éternité.

Un sentiment immense de reconnaissance envers ces hommes qui n’avaient pas été épargnés par la vie monta du plus profond de ses entrailles. Les yeux embués, il formula un merci timide qui se perdit dans les rires gras de ses compagnons légèrement éméchés.

La parcelle de canne à sucre sur laquelle ils travaillaient était terminée. L’heure tardive empêchait de commencer un autre champ offrant un répit aux ouvriers agricoles. Ils appréciaient le moment en partageant leur production artisanale alcoolisée adossés au tracteur ou assis à même le sol.

Antonio éprouva soudainement une irrésistible envie de boire autre chose que ce tord-boyau. Un Coca, il lui fallait une cannette de cette boisson qui soignait tous les maux. La station-service de l’autre côté de la route lui offrirait son remède. Il se sentit pousser des ailes et quitta son support avec élan. Mais ses jambes chancelèrent. Il fut arrêté net dans sa progression, et le trajet qu’il parcourait d’ordinaire en quelques enjambées lui parut tout à coup insurmontable.

En titubant, il arriva dans la petite boutique. Dolores mettait des paquets de chips en rayon. Qu’elle était belle ! Avec ses grands yeux et longs cheveux noirs, sa bouche fine, son nez délicat. Bon sang, qu’elle était belle. Antonio ne put détacher son regard. Il resta là sans plus bouger, comme hypnotisé. Elle lui sourit. D’un ton énergique, elle lui demanda :

— Tu as besoin de quelque chose Antonio ?

Mais il ne répondit pas. Il ne voulait surtout pas interrompre ce moment de grâce. Pour la première fois, il osait observer son visage, il ne la lâchait pas du regard.

— Antonio, tu vas bien ? insista-t-elle.

Toujours aussi hagard, il ne bougea pas. Dolores fronça ses sourcils parfaits et s’approcha.

— Pouah ! tu empestes l’alcool ! Qu’est-ce que tu as bu ? Ne reste pas là, dit-elle en baissant le ton. Tu vas t’attirer des ennuis. Si le boss te voit, tu vas être viré. Et moi aussi par la même occasion.

Dolores le prit par le bras pour l’accompagner à l’extérieur.

Ce contact l’emplit de joie, et il ne demanda même pas le Coca qu’il était venu chercher. Il n’avait plus soif. Il suivit tant bien que mal le rythme de ses pas. Auprès d’elle, il eut la sensation de s’envoler.

— Bon sang, tu es lourd ! Ne t’appuie pas autant sur moi, nous allons tomber tous les deux. Tu es complètement ivre ! Je te ramène. Tu ne vas pas attendre le bus dans cet état. Luisa, je m’absente un quart d’heure.

— Fais vite. On a du monde aujourd’hui.

— Promis, je vais coucher cet abruti. Je serai vite de retour. Allez viens Antonio, dépêche-toi. Et arrête de sourire aussi bêtement.

En sortant de la boutique, Dolores aperçut les gars de l’autre côté de la route. Elle dit en riant :

— Ils t’ont fait boire ces crétins ! Ah tu as eu le droit au bizutage ! C’est qu’ils t’aiment bien va.

Il ne comprenait pas un traitre mot à ce qu’elle disait, mais les paroles de Dolores formaient une douce musique à son oreille. Elle sentait bon la vanille. Il ne pouvait détacher son regard de ses lèvres pulpeuses. Ses mains étaient douces. Son corps était chaud. Sa poitrine effleura son torse lorsqu’elle ouvrit la portière. Tous ses sens étaient en éveil. C’était douloureux et si bon en même temps ! Elle s’approcha. Le moment était enfin arrivé, pensa-t-il. Leurs lèvres allaient d’abord s’effleurer puis leur baiser serait plus appuyé. Plus langoureux. Il la serrerait dans ses bras, passerait sa main dans ses cheveux.

Dolores le poussa sans ménagement sur la banquette arrière du pick-up.

— Allez, on y va. J’ai pas que ça à faire tu vois. Je te dépose et je reviens bosser. Attache ta ceinture.

Antonio abasourdi obéit avec difficulté, le temps de réussir à enclencher le bout de métal.

Il continua de la regarder tandis qu’elle conduisait, bercé par le roulis du véhicule. Sa queue de cheval se balançait d’un côté à l’autre, dévoilant sa nuque et la racine de ses cheveux. Antonio murmura :

— Je t’aime

Mais Dolores n’entendit pas. Elle avait mis l’autoradio à fond.

Poussé par une force qu’il ne se connaissait pas , il répéta plus fort :

— Je t’aime Dolores !

Le voyant bouger à l’arrière du véhicule dans son rétroviseur, elle éteint la musique.

— On arrive dit-elle.

— T’as entendu ce que je te dis ? Je t’aime Dolores !

— Oui, moi aussi je t’aime Antonio. Tu es un gentil garçon.

— Non, tu n’as pas compris. Je t’aime. Je t’aime vraiment.

Dolores éclata de rire.

— Bien sûr que non tu ne m’aimes pas ! Arrête de dire des âneries. Ah, ils ont bien dû forcer la dose ces imbéciles ! Combien de verres as-tu bus ?

Devant le regard interloqué d’Antonio, elle reprit :

— Antonio, tu ne peux pas m’aimer. J’ai l’âge d’être ta mère ! Tu as quel âge hein ? 16 ans ? 17 ans ? J’en ai 35. Si tu étais au Mexique, tu ne me regarderais même pas. J’ai l’âge de ta mère, n’est-ce pas ?

Quel âge avait sa mère ? Il ne se rappelait plus. Depuis combien de temps était-il parti ? Avait-elle fêté un anniversaire ? Un violent mal de tête enserra ses tempes.

Pendant qu’il réfléchissait, Dolores s’était garée. Elle ouvrit la portière et le tira de la voiture.

— Allez, tu es chez toi. Je te raccompagne pas jusqu’à ta porte, il faut que je retourne au boulot. Luisa a besoin de moi. Tu as bien ta clé ?

De nouveau muet, Antonio tapota sa poche en signe d’acquiescement.

Elle ne tarda pas. Il l’a regarda reprendre le volant et repartir à toute vitesse, musique à fond. Il avança d’un pas hésitant jusqu’au baraquement, s’adossa à la porte sans même l’ouvrir et se laissa glisser au sol.

Il pleura longtemps en silence, jusqu’à ce que son corps épuisé ne puisse plus produire de larmes. Il finit par s’endormir. C’est là que ses copains de chambrée le retrouvèrent à la nuit tombée. Ils le transportèrent dans son lit sans que cela ne le réveille. Le visage apaisé, il souriait comme un bébé.

Pas le temps de tout lire ? Épinglez cette image sur Pinterest et retrouvez facilement l’article plus tard 😊

Les coulisses du travail d'écrivain : challenge d'écriture pour se motiver et mener un projet

Le départ

Sujet : Tic, tac, le décompte à commencer

Antonio regarda l’écran de son smartphone. Top, c’était parti.

Tic, tac, le décompte commençait. Tout était minuté. La moindre anicroche et tout tombait à l’eau. Plusieurs mois de préparation et d’espoir réduits à néant.

Aujourd’hui, il s’en allait.

C’était décidé depuis longtemps et c’était mieux ainsi. Il pouvait quitter le confort d’une maison aimante sans se poser de questions.

Sa lettre était prête, il la posa sur la table de l’unique pièce du logis bringuebalant. Maria la trouverait ce soir, tard, en rentrant de la ville.

Il eut un pincement au cœur en pensant à l’inquiétude qu’elle ne manquerait pas de provoquer chez sa mère lorsqu’elle la lirait. Mais il n’avait pas le choix. Il devait partir. L’idée de réussir son entreprise le remplit de fierté et c’est avec le sourire qu’il claqua la porte derrière lui.

Dans trois jours, il serait de l’autre côté du grillage. Devant lui s’ouvriraient tous les possibles d’une vie meilleure. C’était parti pour les États-Unis.

Une idée du bonheur

Sujet : Petits bonheurs

Que lui restait-il ?

Depuis qu’il avait traversé le Rio Grande, rien n’était plus comme avant. Finie l’insouciance. Terminés les rêves. Aux oubliettes ! Que c’était dur bon sang !

La Floride, son pire cauchemar.

Épuisé, Antonio s’allongea sur son lit sans même penser à manger. De toute façon, que lui restait-il dans le frigo ? Probablement pas grand-chose. Autant s’endormir tout de suite.

Luis se leva en silence. Il attrapa sa guitare et se mit à jouer.

Les notes d’une ballade emplirent la pièce. Il commença à chanter doucement, puis entama un deuxième morceau, un troisième.

Antonio était maintenant tout à fait réveillé. La musique se faisait de plus en plus rythmée, de plus en plus forte, entêtante. Les deux amis plongèrent dans l’allégresse.

Ils chantaient désormais à tue-tête. Plus rien ni personne n’existait autour d’eux.

Ce moment de communion donnait tout son sens à la vie qu’il devait endurer. Pour rien au monde, Antonio ne reviendrait en arrière.

Il savait que le dernier morceau arrivait. Il en frissonna d’avance. Luis allait entonner leur chant de ralliement. Leur cheval de bataille. Leur raison de vivre. Le poème qu’il avait lui-même composé et si brillamment mis en musique.

Les yeux s’embuèrent et c’est la voix tremblante qu’ils clamèrent :

Libertad !

Surprenante Floride

Sujet : Décrire un lieu depuis quelqu’un de triste et/ou en colère

Préambule : pour ce thème, le titre donné est un clin d’œil au titre du chapitre 7 de mon récit de voyage 😉

« Non, mais sans déconner, c’est moche, ça pue, y’a rien à part de la canne à sucre, des champs de légumes et des arbres fruitiers. Ils nous empoisonnent avec les pesticides qu’ils nous balancent dessus toute l’année. Si c’est pas les engrais qui nous parfument à l’odeur de merde, c’est la mangrove pas loin qui refoule du goulot.

La Floride, putain. Mais quelle horreur !

La baraque c’est un taudis encore plus délabré que la bicoque où j’habitais dans le bidonville.

Je vais me tirer d’ici ! Oui, je te le dis, je vais me tirer !

Tout le monde se tue à la tâche pour ce pourri de boss. Ah le salaud, le salaud, il a même pas voulu payer l’hôpital pour le p’tit. Il a préféré le laisser crever là ! C’est de sa faute, l’accident ! Et puis, qu’est-ce qu’il foutait là ce gosse ? Merde ! On n’a pas le droit de faire travailler un gamin de 10 ans à la canne à sucre ! On n’a pas le droit putain !

Je le hais. Je hais cet endroit t’entends ? Demain je me barre.

Un paradis qu’ils disaient.

Va en Floride, là-bas c’est l’eldorado. Tu trouveras du boulot, tu pourras faire ton trou. Y a plus de latinos que de gringos. Tu pourras parler ta langue !

Sympa le jardin d’Eden ! C’est le paradis pour des mecs qui croyaient arriver en enfer ouais ! Putain ! Ici y’a que des latinos réduits à l’esclavage par ces enfoirés de proprios blancs. Non ne me coupe pas ! Je sais, toi, t’as réussi. Tu as ta petite laverie à toi, t’es sortie d’affaire. Tu vois même des blancs dans une situation pire que la tienne. Ouais peut-être que ça existe des blancs dans la merde… peut-être. J’veux pas savoir ! Le p’tit il est mort lui. Il avait rien demandé à personne. Il rêvait d’aller voir South Beach, il a même pas eu le temps…

Je lui avais dit. N’en attends pas trop va ! Y’a que des vieux tout fripés qui tombent en lambeaux. Des mecs bodybuildés bourrés de créatine qui friment sur le sable avant de crever d’un cancer. Des stars siliconées avec leurs nibards trop parfaits et leur cul tout aussi refait. Pour l’équilibre. Des fausses blondes qui ont passé trop de temps dans la salle de bain à se tirer la peau au fer à lisser, histoire d’avoir une chance de pas finir leur vie toute seule comme des connes.

Mais lui, il voulait voir. Ses yeux pétillaient à l’idée de passer un moment dans les eaux turquoise de cette foutue plage que les séries télé lui ont mis dans la tronche. Et il a même pas eu le temps putain… il a même pas eu le temps.

Ah qu’elle est belle la Floride !

Laisse-moi. Non ! Laisse-moi. Ne dis rien. Je n’ai pas besoin de toi. Laisse-moi chialer dans mon coin. Va-t’en. Va-t’en s’il te plait. »

Point de vue décentré

Sujet : Décrire la vie, une situation, un lieu du point de vue d’un objet

Qu’attends-tu Antonio ? Je vois bien que tu me regardes avec convoitise. Viens donc me chercher. Luis dort encore et moi je me languis de toi, coincée dans ma prison de toile.

Viens me chercher. Allez. Écoute son souffle régulier. Si tu te lèves sans faire grincer ton lit, tu peux me récupérer sans que personne ne s’en rende compte et nous serons loin quand tout le monde se réveillera.

C’est ça. Tu t’es assis et je n’ai même pas entendu les ressorts du sommier. Tu n’as plus qu’à te dresser sur tes deux jambes, à te vêtir en silence et à m’enlacer. Tu approches du but.

Que va penser Luis ? Ne te soucie pas de ça ! Il comprendra. Tes yeux pétillants lorsque tu m’écoutes ne trompent pas. Il le sait. Il sait déjà tout !

Tu as enfilé ta tenue de travail ? Tu aurais pu trouver mieux pour un jour comme celui-ci où nous allons tous deux prendre la fuite ! Non ! Ne tire pas la fermeture éclair ! Ça va alerter tout le monde et moi, ça me fait froid dans le dos le vibrato de la navette qui assemble les dents de ta propre prison.

Ah, tu vois, Luis s’est tourné. Sa respiration s’accélère. Pourquoi ne viens-tu pas me chercher ? Je te promets, tu pourras faire tout ce que tu veux de moi. Comme Luis, tu pourras me déshabiller, me serrer contre toi, me caresser. Non tu fais trop de bruit ! Mais qu’est-ce que tu fais ? Non, ne viens pas le réveiller ! Si tu préfères, tu pourras me malmener, me gratter, me pincer, tambouriner mon corps, mais prends-moi avec toi !

Non, mais pourquoi tu as fait ça Antonio ? Pourquoi tu as préféré lever tout le monde ce matin ? Je vais de nouveau rester seule toute la journée ! C’est pas une vie ! Je suis faite pour être libre et rendre les autres heureux. Je ne suis pas une femme de l’ombre, je ne suis pas de celles qu’on cache, mais de celles qu’on exhibe, de celles qui montent sur scène ! Je ne peux pas rester ici. Hier soir, ma voix t’a envoûté. Tu dois m’écouter !

— Hé Luis, en partant, n’oublie pas de planquer la guitare.

Rêves perdus

Sujet : Squelette et ossature

Antonio était paumé. Plus rien ne tenait debout. Ses rêves s’étaient envolés. La vie était devenue un combat. La richesse ? La liberté ? Des chimères pour lesquelles il avait tenté l’aventure ultime. Pour leur quête, il avait tout abandonné. Plus rien ne tenait.

Sa vie d’avant n’était pas facile, mais au moins elle lui procurait une certaine stabilité. Une sécurité sinon financière, au moins affective. Son squelette ? La famille, une petite sœur adorable et une mère qui, jour après jour, consolidait l’ossature. Des oncles et tantes toujours là pour aider. Des grands-parents, toujours là pour aimer. Une base solide. Comment les rêves pouvaient-ils ainsi briser un si jeune homme ?

Souvenirs d’enfance

Sujet : Chimouth, chien de Titoo

Titoo, c’était son doudou, sa mascotte, son ami, son confident lorsqu’il était petit et qu’il avait besoin d’être rassuré, une vieille peluche toute pelée et rafistolée qui ressemblait encore vaguement à un rhinocéros, sans corne. Titoo avait un chien imaginaire : Chimouth. Eh oui, un rhino qui avait un chien. Qui a dit que les enfants devaient être rationnels ?

Aujourd’hui, sur le front de mer à South Beach, ce chien errant qui ne voulait pas le lâcher ressemblait étrangement à Chimouth. Sa queue frétillante, son regard insistant, tout démontrait que ce bâtard au poil ras le connaissait déjà.

Il commençait à se faire tard.

— Allez Chimouth, viens, on rentre à la maison, dit Antonio en appuyant ses mots par un signe de tête encourageant.

Le chien suivit immédiatement son maître.

Chant du désespoir

Sujet : Écrire un poème sous forme de sonnet

Préambule : alors clairement, la poésie, ce n’est pas mon truc. Je n’en lis jamais. J’ai des souvenirs terribles de ces études de texte à l’école. Et je n’en écris jamais. Certainement le défi le plus gros que j’aie eu à relever dans le cadre de ce challenge, mais j’en suis plutôt fière.

Une vie meilleure derrière le grillage⁠
De tes ancêtres, juste suivre le sillage⁠
Latino, gringo, le Rio Bravo divise⁠
Prêt pour le grand saut ? Uno dos tres quatro, vise !⁠

Une vie ailleurs, finis les enfantillages⁠
Les lumières de Floride, des quadrillages⁠
Esperanto, dans les champs de canne révise⁠
Desperado, ton identité, ta devise⁠

⁠Point de radeau pour traverser la frontière⁠
Espérance a tôt ployé sous ton tronc fier⁠
Courage, souviens-toi ta première incartade⁠

⁠La révolte sonne, redresse-toi hombre !⁠
Quand l’orage tonne, sors de la pénombre et⁠
Enrage, crie, va, appelle-la ! Libertad !

Frayeur à la frontière

Sujet : Un frisson dans la nuque

Oh, ça y était, c’était fait ! Antonio avait passé la frontière sans encombre. Non sans peur, mais sans la moindre anicroche. Les douaniers n’avaient vu que du feu à sa carte d’identité légèrement modifiée. Il était pour quinze jours en totale légalité sur le territoire des États-Unis, si on faisait exception de cette petite falsification de documents. Quinze jours pour se rendre chez son oncle à San Antonio, son oncle qui l’attendait. Il en était désormais certain.

En quittant le bureau d’immigration, un large sourire apparut sur le visage d’Antonio. Un sourire mêlé de soulagement, de satisfaction d’avoir berné ces idiots de douaniers gringos à la frontière, et de fierté. Le monde lui appartenait désormais ! Plus rien ne l’empêcherait de vivre ses rêves.

D’un pas décidé, il avança droit devant lui dans la rue quand il entendit crier derrière lui :

— Hey, vous !

Son sang ne fit qu’un tour. Était-ce un douanier qui lui demandait des comptes ? Non, pas de raison que ce soit lui qui soit interpellé. Pourquoi ? Pourquoi lui ? Son passeport était tamponné. Aucune raison qu’on s’adresse à lui.

Un coup d’œil furtif aux alentours lui permit de vite se rendre compte qu’il était seul dans le coin. Personne aux alentours. C’était lui qu’on interpellait ? Que faire ? Courir ? Non, garder son calme, son sang-froid, l’officier d’immigration avait bien apposé le cachet sur son passeport ! L’autorisation courrait pour 15 jours bon sang !

— Hey vous, là-bas !

Antonio s’immobilisa. Un frisson partit de sa nuque et irradia tout son corps. C’était foutu. Il était pris.

Le rituel mésoaméricain des voladores

Sujet : Superstition

— Il ne pleut pas assez, le boss dit que la récolte de canne va être mauvaise, dit Luis l’air inquiet.

— Et alors, qu’est-ce que ça nous fait ?

— Tu ne comprends pas ? Si la récolte est mauvaise, il ne gagne pas de fric et il va encore baisser notre salaire !

— Dans le village de mon grand-père, on pratique la danse du volador pour que la récolte soit bonne, répondit Antonio les yeux pétillants de souvenirs.

— N’importe quoi !

— Quatre types retenus par une corde autour des chevilles se laissent pendre dans le vide depuis le haut d’un mât et tournent autour jusqu’à ce qu’ils reviennent au sol tandis qu’un cinquième joue de la flûte pour invoquer la pluie.

— Tonio, je connais cette supercherie, coupa Luis. Tu ne vas pas me dire que tu crois encore à cette légende ? Aujourd’hui, les voladores ne tournoient plus que pour les touristes. Comme tu peux être crédule par moments ! Et puis tu veux faire comment techniquement ? Tu vas le trouver où ton poteau de 30 mètres de haut hein ? Et ton joueur de flûte ? Et tes quatre gars assez idiots ou saouls pour se jeter dans le vide ? Non ici, pas de place pour la superstition mon ami. Ici, c’est le dieu fric qui commande tout. Il faut juste espérer que le boss en ait assez pour arroser ses champs de canne et qu’on garde notre boulot.

Conclusion pour ce challenge du #writoberae2020

Finalement peu de textes rédigés dans le cadre du défi, mais un bon coup de pied aux fesses pour enfin coucher sur le papier des idées vagues et diffuses, et reprendre mon travail d’écriture.

Si vous avez eu la patience de lire tous ces petits textes, dites-moi si vous avez envie de connaître l’histoire d’Antonio !

Ça fera un deuxième coup de pied pour avancer. Et pour avancer vraiment, cette fois-ci.

À bientôt !


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