En camping-car de Ivan Jablonka
Essai

En camping-car de Ivan JABLONKA

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Article invité

Aujourd’hui, je laisse la plume à Nicolas, mon cher mari.

Eh oui, chez moi, on vit, on mange, on lit « voyage » en famille, ensemble ou séparément. Maintenant, vous vous doutez du sujet favori de nos conversations…

Alors place à Nicolas pour cette chronique centrée sur un thème qui lui tient à cœur, le voyage en camping-car.

Il existe des livres dont la seule couverture vous donne envie de les découvrir. Parfois, un titre évocateur vous pousse à les ouvrir.

Avec En camping-car d’Ivan Jablonka, ces deux préalables à la lecture sont réunis.

L’image des deux combis Volkswagen avec leurs petits auvents dépliés sur une plage au pied des dunes m’a tout de suite ramené à ma prime jeunesse, lorsque mes parents m’amenaient en vacances aux quatre coins de l’Europe et du bassin méditerranéen dans leur petit VW. Quant au titre, il me laissait espérer une évasion littéraire à bord de ce véhicule si cher à mon cœur.

En lisant la quatrième de couverture, ma curiosité était définitivement piquée et je décidai d’embarquer à bord du « bus » pour un voyage dans le temps et dans les souvenirs de l’auteur… et peut-être dans les miens par là même.

Il faudrait superposer plusieurs mots pour exprimer la fonction profondément polyvalente du camping-car, le génie qu’il avait fallu pour le concevoir et l’aménager, pour orchestrer toutes ses propriétés, le transportable, le pliable, le rangeable, le coulissant, l’escamotable, le pratique, le bien fait. Rien de négatif ne demeurait dans cet espace autarcique : la promiscuité était gage de proximité, le manque d’espace devenait trésor d’ingéniosité.

I. JABLONKA, En camping-car

Voir ici la présentation du livre par l’auteur lui-même :

Parlons de l’auteur, qui est Ivan Jablonka ?

Ivan Jablonka est né en 1973 à Paris d’une famille bourgeoise-bohème avant l’heure, où la réussite sociale n’a pas débouché sur un conformisme de bon aloi, mais sur une volonté farouche de faire découvrir le monde à ses enfants tels des nomades modernes.

Un parcours sans fautes l’amène des bancs du Lycée Henry IV vers une agrégation en histoire, puis vers une thèse sur les enfants de l’Assistance publique durant la III° république et enfin, vers le professorat à l’université de Paris XIII.

Ce cursus brillant le conduit aussi vers une carrière d’écrivain et d’éditeur. Toutefois, ce sont les fantômes de son passé qui façonnent son travail littéraire. Petit-fils de déportés juifs morts à Auschwitz, fils d’un père orphelin ayant grandi en foyer, il rédige des ouvrages sur les enfances difficiles ou la condition des femmes du XIXe siècle à nos jours.

Il n’hésite pas non plus à utiliser son histoire personnelle pour faire une critique de notre société comme dans Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus ou En camping-car. Il y étudie et analyse la vie de sa famille tel un historien ou un sociologue pour transformer « l’autobiographie en récit collectif, portrait d’une époque ».

Partir sur les routes pour se rappeler une époque révolue

Les 168 pages de ce récit offrent de nombreux visages à son lecteur.

On y suit avec un sourire bienveillant le parcours initiatique d’un enfant devenu adolescent dans les années 80, à travers ses vacances en camping-car sur les routes du pourtour méditerranéen (Portugal, Italie, Grèce, Turquie, Maroc, etc.).

On y découvre aussi un regard peut-être un peu idéaliste, mais tout de même acéré sur cette société de fin de Guerre froide en pleine mutation, à travers le prisme de la vie trépidante de cette famille de vagabonds voyageurs.

On se plonge avec plus ou moins de facilité dans l’auto-analyse du narrateur et de ses parents. Les nombreux rappels à l’histoire familiale et à la grande Histoire tentent de nous éclairer sur les rapports complexes qu’entretient l’auteur avec ses proches, surtout avec son père.

Autobiographie, ouvrage de sociologie, étude historique, analyse psychologique, tout y passe et s’enchaîne à un rythme effréné, mais plutôt bien mené.

J’ai grandi dans le camping-car et le camping-car m’a fait grandir. En valorisant une culture démocratique et une manière d’être toujours en mouvement, il a été le support d’un rapport au monde qui fait le lien entre le cosmopolitisme juif du XIX° siècle, la culture contestataire du XX° siècle et les idéaux de la gauche du XXI° siècle.

I. JABLONKA, En camping-car

En camping-car, un livre intergénérationnel

En écrivant En camping-car, l’auteur rend hommage à ses parents pour les bonheurs simples de cette vie d’errance dont il a pu profiter grâce à eux. Une façon de les remercier a posteriori car, comme on le sait, les enfants ne savent pas toujours montrer leur enthousiasme sur le moment, ou ne peuvent simplement prendre la mesure de leur chance tant qu’ils n’ont pas le recul de l’expérience.

Pour les seniors d’aujourd’hui, enfants de la Seconde Guerre mondiale et du baby boom, qui avaient choisi ce type de vie un peu hors normes, cet ouvrage constitue donc une belle façon de leur montrer que ces choix ont participé à construire des adultes heureux aujourd’hui.

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Pour les nombreux rejetons qui ont bourlingué dans leur jeunesse, quadra de nos jours et souvent parent à leur tour, lire En camping-car sera l’occasion de se remémorer avec nostalgie les merveilleux moments qui ont jalonné leur enfance.

Pour les plus jeunes, ce livre est un formidable guide de ce qu’était le monde avant les réseaux sociaux, les portables et le tout connecté. Une époque pas si lointaine où une carte routière se transformait en carte aux trésors pour trouver un spot de rêve au bord d’une plage, où la fenêtre zippée d’un toit ouvrant était le plus extraordinaire écran du monde, où griffonner des feuilles blanches pour en faire une BD occupait tout aussi bien une après-midi de long trajet qu’une tablette et sa pléthore d’applications.

Cela leur donnera peut-être même l’idée de repartir sur les routes « comme au bon vieux temps » en prenant le temps et en découvrant le monde qui nous entoure sous toutes ses coutures, loin des clichés.

La vanlife n’est pas morte, loin de là, elle s’est adaptée, a changé, mais n’en demeure pas moins un vrai mode de vie, même le temps de vacances toujours trop courtes.

–> Pour avoir une idée de ce qu’est la vanlife aujourd’hui, on peut lire Ma vie en van de Florent Conti.

Pourquoi lire En camping-car d’Ivan Jablonka ?

À ceux qui s’inquiéteraient de ne trouver dans cet ouvrage que les souvenirs de vacances d’un fils de baba cool en camping-car, qu’ils se rassurent ! Le récit est beaucoup plus captivant que ne pourrait laisser penser le thème abordé.

Ivan Jablonka n’est pas historien et passionné de sociologie pour rien. Il se livre dans ce court mais dense recueil, à un exercice plutôt novateur qu’est l’égo-histoire.

En camping-car, c’est :

  • une étonnante plongée du narrateur dans ses propres souvenirs racontés avec tendresse et honnêteté ;
  • une mise en perspective de ses joies et de ses traumatismes de jeunesse à travers l’analyse de son contexte familial passé et présent ;
  • une vision plus globale de cette fin de XXe siècle si différente de notre monde actuel.

Je propose une autre façon de parler de soi-même. Débusquer ce qui, en nous, n’est pas à nous. Comprendre en quoi notre unicité est le produit d’un collectif, l’histoire et le social. Se penser soi-même comme les autres.

I. JABLONKA, En camping-car

Pour ceux qui n’auraient pas eu la chance de vivre ce genre d’aventures, la lecture de ces pages peut vous permettre de remonter le temps et de vous évader à travers les yeux de l’enfant qu’était Ivan Jablonka.

Et pour les chanceux qui auraient connu ces joies des vacances en camping-car dans les années 80, comme ce fut le cas pour moi, laissez-vous porter par la mélodie des mots qui s’enchaînent. Ils vous ramèneront vers vos plus merveilleux souvenirs, au bord d’une plage, au milieu d’une clairière, au pied de sommets vertigineux, libre à profiter d’un bonheur simple et inoubliable.

J’ai terminé la lecture le sourire aux lèvres, réalisant que la nostalgie qui m’a envahi par moment en lisant ces lignes n’avait d’égal que la richesse des moments passés dans ce fichu camping-car.


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2 commentaires

  • Léonore Emery

    A la lecture du résumé du livre, j’avais vraiment hâte de le lire. Mais je dois avouer qu’après avoir lu les premières pages, je n’ai pas du tout accrocher. Et je n’ai d’ailleurs jamais réussi à le finir.
    L’article résume bien le livre mais je ne saurais dire pourquoi je n’ai pas réussi à me plonger dans l’histoire (et pourtant j’en avais envie).

    Malgré tout, je trouve que c’est quand même un bon livre dans le sens où l’on peut apercevoir ce qu’était ce genre de voyage il y a quelques années. Il donne une bonne (et belle) image de ce que vivait les premiers “vanlifers” (même si l’auteur ne l’était pas à temps plein 🙂 ).

    Merci quand même pour cet article 🙂

    • Carine

      Bonjour Léonore,
      Ravie de te revoir sur le blog !
      Oui, c’est terrible ce genre de déception où la couverture et le résumé nous font une promesse que l’on ne retrouve pas dans le texte ensuite !
      Comme toi, j’ai beaucoup de mal à terminer ma lecture dans ces cas-là.
      Certains livres nous parlent, d’autres pas. Celui-ci n’était certainement pas fait pour toi !
      Il en existe plein d’autres qui mettent en avant le voyage (ou la vie) en van et camping-car et qui te correspondront peut-être mieux.
      J’en ai chroniqué plusieurs, visibles dans cette catégorie.
      Et il y a aussi mon propre récit de voyage en camping-car 😉
      Merci d’avoir pris le temps de donner ton ressenti sur En camping-car de Ivan Jablonka.
      À très bientôt !

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