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Voilier

Isabelle Autissier, une grande dame et la mer

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Cet article participe à l’évènement interblogueurs « Les femmes qui font l’histoire » du blog Prince.sse si je veux. Vous y découvrirez d’autres histoires inspirantes, notamment dans la section « femmes d’histoire » avec des portraits de femmes dans de nombreux domaines.

Il y a une quinzaine de jours environ, je lisais (eh oui, encore et toujours la tête dans les bouquins…) L’invention du voyage, un ouvrage collectif qui présente près d’une vingtaine de points de vue différents sur le voyage, émis par des « explorateurs » de notre époque.

Parmi les témoignages disponibles, se glissaient quelques pages d’un entretien avec Isabelle Autissier. Ce nom me renvoyait à mon adolescence, période où il faisait la Une des médias. Et pourtant, je constatai que je ne connaissais que très peu le parcours de cette femme.

L'invention du voyage - Ouvrage collectif

Parallèlement, le hasard de mes navigations sur le Web (puisqu’une blogueuse peut passer pas mal de temps à surfer sur internet n’est-ce pas ?) m’amena sur Prince.sse si je veux, un blog dont le but est de donner des pistes pour une éducation non sexiste.

Il se trouve que Juliana, l’auteure de ce blog, organisait l’écriture d’articles sur un thème commun : « Les femmes qui font l’histoire ». Je fus immédiatement séduite par le sujet et, compte tenu de mes lectures du moment, écrire sur Isabelle Autissier fut une évidence !

Isabelle Autissier, princesse elle le veut. « Le marin » qui n’a jamais renoncé à porter ses boucles d’oreilles au cœur des tempêtes essuyées sur son voilier est en réalité bien plus qu’une princesse, une reine des mers.

On constatera au passage qu’on ne peut pas mettre “marin” au féminin sans lui donner un autre sens. Difficile de donner leur place aux femmes dans certains milieux…

Le parcours d’une femme d’action

Isabelle Autissier est née en 1956 à Paris. Elle passe son enfance en Île-de-France, mais découvre la voile en Bretagne dès l’âge de 6 ans.

Elle est diplômée de l’ENSA (École Nationale Supérieure Agronomique) de Rennes en 1978 avec un titre d’ingénieure agronome halieute. Pour simplifier, elle est experte dans le domaine de l’exploitation des ressources aquatiques. De la pêche donc, mais également de l’élevage aquacole, de l’évaluation des stocks mondiaux et de la protection des espèces menacées de surpêche et de l’environnement marin.

Elle s’installe ensuite à La Rochelle où elle enseigne de 1984 à 1990 à l’École maritime et aquacole et mène des recherches pour le compte de l’IFREMER (Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer).

Son activité de scientifique dure une dizaine d’années. Celle-ci s’arrête le jour où elle prend la décision de se consacrer à la course au large au début des années 1990.

Après dix nouvelles années à voguer à toute vitesse autour du monde, elle met un terme à sa carrière sportive en 2000. Place aux voyages maritimes et à l’écriture.

En 2009, elle devient la présidente de WWF France, fondation reconnue d’utilité publique dont la mission est : « Arrêter la dégradation de l’environnement dans le monde et construire un avenir où les êtres humains pourront vivre en harmonie avec la nature. »

Un témoignage inspirant

Écoutez le podcast suivant où elle répond aux questions d’une jeune étudiante (disponible sur Les Échos start). Elle revient sur son parcours sportif, sur son engagement mais aussi sur sa vie de femme et ses choix personnels. « Je pouvais pas tout faire » dit-elle. Alors elle a fait des choix pour avancer. Toute action implique un tri, une sélection, voire un sacrifice. Aujourd’hui, elle se dit heureuse et confiante.

La navigatrice

De grands résultats sportifs

Isabelle Autissier, fidèle à son idée qu’on ne peut pas être engagée efficacement sur plusieurs fronts, décide de se consacrer à la course au large après avoir fait de bons résultats en compétition. Elle avait notamment terminé 3e de la mini-transat (course transatlantique en solitaire et sans assistance à bord) en 1987, puis 12e de la Solitaire du Figaro en 1989 (course en solitaire par étape, très prisée par de grands navigateurs).

C’est ainsi qu’en 1991, elle devient la première femme à réaliser un tour du monde en solitaire lors du BOC Challenge. Elle réalise cet exploit en 139 jours malgré un démâtage dès la 2e étape.

Elle participe à de grandes courses pour bateaux monocoques en solitaire et en équipe, réalisant de nombreuses autres prouesses :

  • pulvérisation du record à la voile de New York — San Francisco par le Cap Horn en 1994, distance parcourue en 62 jours, soit 14 jours de moins que le précédent record ;
  • arrivée 2e derrière Yves Parlier dans la Route de l’Or en 1998.

Elle se moque des échecs et des frustrations qu’elle a pu connaître, car « naviguer, c’est du bonheur ».

La préparation des expéditions, un critère de réussite

Lorsqu’on lui fait remarquer que la course au large est un choix de vie risquée, Isabelle Autissier répond :

J’aime faire des choses inhabituelles, non des choses risquées. […]
Je mets tout en œuvre pour minimiser les risques avant le départ en mer. J’invente des systèmes, je me forme, j’adapte éventuellement mon parcours.

Isabelle Autissier – L’Invention du voyage

Ainsi elle cite en exemple les modifications apportées sur son bateau qui lui ont sauvé la vie lors du retournement de son embarcation en 1999. Des améliorations qu’elle avait initiées avec son équipe après la disparition en mer de Gerry Roufs lors du Vendée Globe 1997.

Chaque expédition fait l’objet d’une longue préparation :

  • préparation psychologique avec un peu de sophrologie qui minimise le stress, car la navigation peut engendrer beaucoup de tensions ;
  • préparation physique avec de la course, de la natation, la navigation nécessitant plus de l’endurance que de la force musculaire ;
  • préparation mentale avec le fait d’envisager diverses situations et des solutions adéquates de façon à être rapidement opérationnelle en cas d’avarie ;
  • préparation technique avec la maîtrise de tous les équipements amenés à bord.

L’exploratrice

Isabelle Autissier a l’âme d’une aventurière. Si elle arrête la course au large après son naufrage en 1999, elle n’en continue pas moins de naviguer. 2 à 3 mois par an sur les mers, c’est un minimum non négociable.

Aller vers des réalités que je ne fréquente pas quotidiennement, voilà ce dont je me nourris à travers le voyage. […]
Naviguer est une façon de voyager un peu particulière. […] le voyage que l’on fait avec un bateau à voile est relativement long. On passe des jours, des semaines, exceptionnellement des mois, sans toucher terre ni s’éloigner du bateau.

Isabelle Autissier – L’Invention du voyage

Le voyage en voilier offre le luxe de la lenteur à celle qui a couru sur tous les océans du globe pendant plus de 10 ans. Elle prend désormais le temps de découvrir des paysages, de s’émerveiller devant un vol d’albatros.

Ada, le voilier d'Isabelle Autissier amarré à La Rochelle
Ada 2, le voilier d’Isabelle Autissier amarré au port de La Rochelle
Jean-Pierre Bazard, Creative Commons

Particulièrement attirée par les pôles, Isabelle Autissier organise plusieurs expéditions en Antarctique et dans le grand Nord.

Le carburant d’Isabelle Autissier

Voir ce qui la motive dans son entretien donné au Monde en juin 2017. Une vidéo montée avec des images fournies par Isabelle Autissier où elle se trouve avec son équipage lors d’une expédition au Groenland en 2016.

L’écrivaine et animatrice radio

Son expérience et ses différentes expéditions amènent Isabelle Autissier vers l’écriture. Elle publie des récits de voyage dès 1996. Son premier roman Seule la mer s’en souviendra sort en 2009. Ses écrits fictifs sont toutefois largement inspirés de son rapport avec la mer.

Son expédition en Antarctique en 2006 où elle était accompagnée d’un ornithologue et d’un réalisateur de films documentaires a fait l’objet d’un récit : Salut au grand Sud.

De même, elle a suivi la route maritime du Nord qui a donné naissance à un essai : Passer par le Nord : la nouvelle route maritime.

Voir la rencontre avec Isabelle Autissier et Erik Orsenna à Chamonix en 2015. Il y est question de la présentation de ce dernier ouvrage et de la démarche des deux écrivains. Cette dernière expédition est comparée à celle de l’Antarctique en 2006.

Salut au grand Sud, un récit coécrit avec Erik Orsenna en 2006

Peu attirée par la mer, mais séduite par le parcours d’Isabelle Autissier, j’ai choisi de lire un de ses récits. J’ai opté pour la découverte de l’Antarctique. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue !

Le texte est magnifique. De plus, les interventions d’Erik Orsenna dans le récit d’Isabelle Autissier dynamisent le propos.

On apprend beaucoup sur la mer, la navigation et cet espace énigmatique qu’est l’Antarctique. Bien que complètement ignorante de ce milieu, la lecture est aisée (si elle est accompagnée d’une carte).

Ce récit est tout à fait adapté pour quiconque ne connaît rien à la navigation et, en même temps, fort intéressant pour les marins chevronnés, peu d’entre eux allant explorer ces terres (et mers) lointaines.

On y trouve des références à l’histoire, à de grands navigateurs et explorateurs passés avant eux, des descriptions de paysages extraordinaires, l’excitation de s’aventurer dans un territoire où l’on sait la navigation difficile. Le ton enjoué transmet au lecteur l’enthousiasme éprouvé par Isabelle Autissier pour l’entreprise.

Jugez par vous-même dans l’extrait où la navigatrice présente Ada, son bateau :

Entre Ada et moi, le choix fut réciproque. Nous nous sommes connues il y a quatre ans, ici même, en Antarctique. […]
Ada m’a plu, j’ai cassé ma tirelire dès qu’elle a été en vente. Je me flatte qu’elle n’en soit pas mécontente, car elle peut ainsi, avec moi, continuer à baguenauder dans les mouillages les plus improbables.
Entrez !
Considérez au passage le bon abri qu’offre la capote en toile pour prendre la veille. Descendez l’échelle un peu raide, vous êtes dans le carré, salon, salle à manger, bureau, cuisine, le tout dans la bienveillante tiédeur du poêle. (Nous passerons pudiquement sur ses quelques caprices à démarrer…)

Isabelle Autissier – Salut au grand Sud
Salut au grand Sud, un récit d'Isabelle Autissier et Erik Orsenna

Lire la chronique complète de Salut au Grand Sud ici

Retrouvez la liste des publications d’Isabelle Autissier avec les avis de ses lecteurs sur Amazon.

Animatrice de radio entre deux publications

Isabelle Autissier a été la voix de In Extremis, une émission dédiée à la mer, pendant plusieurs années.

Retrouvez les archives des émissions sur France Inter.

La femme d’engagement

Croire que son engagement pour la sauvegarde de la planète auprès de WWF France viendrait de son expérience en mer est une erreur. La pollution par les plastiques est sournoise. Elle ne se voit presque pas en mer, le plastique étant décomposé à l’état de particules non visibles à l’œil nu.

Le combat pour l’environnement d’Isabelle Autissier est bien plus ancien que son engagement auprès de WWF France.

Ma prise de conscience a été celle d’une scientifique. Je suis ingénieure agronome halieute. J’ai commencé à travailler pour des marins pêcheurs bretons, et je me suis vite aperçue qu’ils surexploitaient les ressources. Je n’arrivais pourtant pas à me faire entendre quand je leur disais qu’ils allaient dans le mur. Même scientifique, ma voix ne portait pas.

Isabelle Autissier – L’Invention du voyage

Femme d’action, son combat environnemental se nourrit de ce qu’elle a connu dans la course au large. Il faut y aller à fond pour gagner !

Avec WWF France, la volonté est d’initier un changement à grande échelle. Toutefois, Isabelle Autissier insiste sur la responsabilité de chacun et notre rôle individuel en tant que consommateur, en tant que citoyen. Chaque action peut avoir un impact sur la biodiversité.

Voir cet entretien avec Isabelle Autissier sur la chaîne ARTE pour en savoir plus sur son engagement.

Isabelle Autissier, une femme dans l’action qui écrit l’histoire au quotidien.

Une grande navigatrice dont les récits vous feront voyager au bout du monde, et ce, même si la mer n’est pas votre terrain de jeu favori !

À très bientôt pour un nouvel article sur la Voyageothèque !

N’hésitez pas à indiquer en commentaire vos avis sur les livres d’Isabelle Autissier. Si vous les avez lus, bien entendu ! Merci !

Isabelle Autissier, son parcours. Image pour Pinterest

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2 commentaires

    • Carine

      Isabelle Autissier est une femme engagée. Elle a toujours été dans l’action. D’une certaine façon, son combat écologique est une continuité de ses activités passées. Très intéressante à écouter, car son discours, bien qu’alarmant, n’est jamais fataliste. Un bel exemple à suivre, même si elle s’en défendrait certainement…

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