Nos régions à la Bonne Franquette de Arthur Serres
France

Nos Régions à la Bonne Franquette

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Service de presse

Lorsque j’ai vu la couverture de Nos Régions à la Bonne Franquette, je me suis dit : « Ah, chouette ! Un livre qui fait le tour de la France pour présenter sa gastronomie, ses spécialités. »

Le résumé me confortant dans le contenu que j’allais y trouver, je n’avais plus qu’une hâte : me mettre à table et dévorer le bouquin. J’en salivais d’avance. La promesse n’a pas été tenue. Ma déception est immense.

J’ai longtemps hésité à publier ma chronique sur le blog. J’avais même contacté l’Aquilon, l’éditeur, pour l’informer que je ne pouvais en aucun cas recommander cet ouvrage. Et puis, j’ai laissé un peu de temps passer et, tout bien réfléchi, je me devais de partager cette chronique ici pour plusieurs raisons :

  • Il s’agit d’un Service Presse (SP), voir explication plus bas ;
  • Puisque je sais que ce livre n’est pas bon, je me dois d’informer les lecteurs qui me suivent et qui pourraient avoir envie de l’acheter ;
  • Ce n’est pas parce qu’il ne m’a pas plu qu’il ne peut pas trouver son lectorat.

Je vais donc m’employer à vous expliquer pourquoi ce livre ne m’a absolument pas convaincue, au point que j’en ai abandonné la lecture, ce qui est rare.

Résumé de l’éditeur

À l’été 2014, Arthur et Siméa entreprennent un voyage dans toute la France pour découvrir ce qui se passe du côté des cuisines de l’hexagone, et réaliser un reportage.
Sur les routes, Arthur rédige un journal de bord dans lequel il relate son ressenti et les dessous du projet. Ce journal consigne par ailleurs ses observations et les rencontres que le duo de choc fait au cours de ses pérégrinations.
ZAD, permaculture, agriculture, condition paysanne… c’est un portrait de la France culinaire engagée qui se dessine au travers de ce livre.

Nos régions à la Bonne Franquette de Arthur Serres

De la délicatesse des Services Presse

Qu’est-ce qu’un Service Presse ?

Les éditeurs et les auteurs ont besoin d’une grande communication autour de leurs ouvrages pour vendre. L’une des solutions consiste à faire appel à des blogueurs qui rédigeront un article pour le Web, enregistreront éventuellement un podcast ou une vidéo. Le livre est alors fourni gratuitement au blogueur qui s’engage à en faire une chronique. Voilà ce que l’on appelle un Service Presse (SP pour les intimes). Il s’agit en réalité d’un partenariat.

Certaines plateformes en ligne, comme SimPlement.pro ou NetGalley facilitent la mise en relation de tout ce joli petit monde. J’y suis présente. Toutefois, je ne prends que très peu de SP.

Depuis les débuts de la Voyageothèque, seuls 3 livres sur les 54 titres présentés sont des SP. Negombo, Triangulation ou des goûts du voyage et Nos Régions à la Bonne Franquette.

Le partenariat, un engagement

S’engager dans un SP, c’est accepter de rédiger une chronique, y compris pour un livre qui nous a déplu et dont on n’a aucune envie de poursuivre la lecture. Je choisis donc soigneusement mes candidatures et sélectionne de façon drastique les propositions reçues. Malgré tout, je me trompe parfois. C’est ce qui m’est arrivé avec Nos Régions à la Bonne Franquette.

Par ailleurs, je tiens à mon indépendance. Bien que l’auteur ou l’éditeur fournissant le SP n’exercent jamais de pression, je sais très bien que leur objectif est de vendre le livre. Ils espèrent donc forcément des critiques favorables. (Quoi que, certains billets assassins sont parfois plus efficaces que des dizaines d’avis positifs pour donner de la visibilité à un ouvrage.)

Lorsque j’achète un livre et qu’il me déplaît, je le range, l’oublie et en prends un autre. Mais dans le cas d’un SP, obligation d’écrire quelque chose quand même. La corvée !

L’intérêt des SP

Cependant, ces partenariats me permettent de découvrir des titres vers lesquels je ne serais probablement pas allée spontanément. Ils enrichissent ainsi considérablement le panel d’ouvrages que je peux ensuite vous proposer.

Donc, je persiste à traiter de temps à temps quelques SP. Et, finalement, l’exercice d’écriture de la chronique constitue un défi intéressant à relever. Expliquer pourquoi je n’ai pas aimé de manière constructive. Voilà un vrai challenge !

Je fais ainsi, et vous avec moi, le grand écart entre Triangulation ou des goûts du voyage, un recueil au langage soutenu, admirablement écrit, et Nos Régions à la Bonne Franquette, un récit nettement moins élégant. (Finalement, je suis ravie. Impossible pour moi de faire le grand écart au sens propre. Voici donc un rêve de petite fille qui se réalise, enfin, à plus de 40 ans…)

Nos Régions à la Bonne Franquette, un décalage entre ce que j’attends d’un livre et ce qu’il m’a fourni.

Après avoir péniblement atteint 20 % du livre enregistré dans ma liseuse électronique, je me suis demandé : « Mais qu’attends-tu d’un livre ? »

Assurément, un peu plus que ce qu’Arthur Serres, l’auteur, nous fournit dans Nos régions à la Bonne Franquette. Je veux rêver, m’évader, sourire, apprendre, oublier un instant mon quotidien.

Pour emmener loin le lecteur avec lui, l’auteur doit, à mon sens, utiliser le bon langage. Et là, je touche du doigt le défaut majeur de cet ouvrage.

Défaut de style

L’écriture n’est, ni plus ni moins, qu’une transcription d’un oral parsemé de grossièretés. L’auteur semble s’adresser à des amis, mais des proches qu’il connaîtrait vraiment bien pour laisser aller ainsi la parole sans surveillance. Sauf que je ne suis pas une copine de longue date et que ce style, par ailleurs d’une platitude d’un extrême ennui quand il n’est pas vulgaire, ne m’a pas du tout convenu.

Oh ! Madame serait-elle guindée ? Peut-être. À vous de me le dire.

Près de la quatre voies qui reliait Saint-Brieuc à Rennes, on nous a lâchés sur un rond-point au milieu de nulle part. On a cru qu’on allait rester coincés là, comme des cons. Il n’y avait quasiment personne. Heureusement, une jeune fille nous a sauvés en nous déposant à Broons. On est allé bouffer, parce que, merde, sous la flotte sans manger, c’est pas très drôle. […]

Moi, j’ai rejoint les étudiants dans un appart’ pas très loin. On a continué la soirée, puis Marine s’est rendu compte qu’elle avait oublié ses clefs. J’suis rentré tout seul à quatre heures du mat’ pour réveiller Sim et la voisine qui n’était pas contente, et un peu conne.

À force de lire des pages et des pages de ce style, j’ai vraiment eu l’impression que c’était moi, la lectrice, qui était prise pour une conne imbécile ! (Oups, pardon, ça m’a échappé)

En vérité, le titre est bien choisi « à la Bonne Franquette ». C’est bien de cela qu’il s’agit. On ne s’embarrasse pas des convenances dans cet ouvrage. Seulement, je ne l’avais pas compris ainsi de prime abord.

Quid du travail de l’éditeur ?

Attention toutefois, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit. Le livre a été corrigé et ne comporte pas de fautes. Si le registre de langage et la pauvreté du vocabulaire ont été maintenus, il s’agit donc d’un choix. Celui de l’éditeur.

N’aurait-il pas dû demander à l’auteur d’élever un peu le niveau ? N’est-ce pas de sa responsabilité d’assurer aux lecteurs un ouvrage de qualité ? D’autant plus à l’heure où la France entière déplore l’absence de maîtrise du français de ses concitoyens ?

En même temps, un éditeur se doit de respecter la patte de l’écrivain, ce qui fait sa signature, son unicité. Quel intérêt y aurait-il à ne lire que des ouvrages au même style lisse et policé sans ouverture à d’autres formes d’écriture ? Aaaaarrh ! Je ne sais pas, je ne sais plus !

Toujours est-il qu’à moi, cela ne m’a pas plu.

Et la gastronomie de nos régions alors ?

Deuxième promesse non tenue de Nos Régions à la Bonne Franquette.

Le résumé de l’éditeur qui prétend que le lecteur va entrer dans les « cuisines de l’hexagone », et le discours de l’auteur lui-même sont trompeurs.

Beaucoup de jeunes partent loin à coups d’avions pour des destinations exotiques… mais qui part découvrir la France et ses richesses, ses différences ? On a décidé de le faire, de partir faire un tour de France, autour de l’alimentation, des recettes et des particularités culinaires propres à chaque région.

En effet, à l’évocation de certaines spécialités, j’attendais impatiemment d’en découvrir la saveur, mais non, je resterais sur ma faim.

Pas de description du kouign-amann doré, de la douceur du sucre, du croustillant de son exquise pâte feuilletée, du caramel qui colle aux dents ou de l’extase provoquée par la pointe de sel chaque fois que je passe en Bretagne. Il n’a droit que d’être listé au milieu d’autres spécialités, pour certaines inconnues de ma part et dont je n’apprendrai malheureusement rien.

Dans la voiture, on a eu droit à un exposé enjoué des spécialités du coin : kig ha farz, kouign-amann, crêpes et autres dont le nom breton nous était plus ou moins connu.

Les recettes promises au début de l’ouvrage et la composition des plats ne figurent pas davantage.

Un récit de voyage maladroit

En réalité, Nos Régions à la Bonne Franquette raconte, à la manière d’un journal de bord, l’histoire de deux jeunes sur les routes de France pendant les deux mois d’été. Le lecteur perçoit les galères des deux amis partis sans le sou à la découverte de leur propre pays. Un circuit à la recherche de nouvelles manières de consommer, d’une alimentation plus saine, à la rencontre d’agriculteurs ou d’individus œuvrant en ce sens.

Finalement, ce livre constitue plus un hommage aux personnes qu’Arthur et Siméa ont croisées sur leur chemin qu’un véritable tour de France des spécialités régionales. Arthur Serres semble avoir mis un point d’honneur à citer tous ces gens qui l’ont aidé dans son projet, ceux qui l’ont accueilli, hébergé, logé sur un canapé, pris en stop.

L’auteur explique avec bienveillance tout ce qu’il a pu apprendre des gens qui l’ont aimablement reçu dans leur jardin, leur cuisine. Si on sent qu’il a certainement beaucoup appris pendant son tour de France, ce n’est malheureusement pas le cas du lecteur qui se retrouve à ingurgiter des lignes et des lignes d’un quotidien sans intérêt.

Après cette belle rencontre de Lesconil, on est parti en stop pour Douarnenez. On a dû repasser par Quimper, puis Quimper-Douarnenez. Ça s’est fait assez vite et facilement. À Douarnenez, on a passé le pont soufflé. On allait apparemment plus à Tréboul qu’à Douarnenez. La nuance a l’air fine, sans vouloir m’avancer. C’était pour aller voir l’homme aux plantes, celui dont le type du covoit’ nous avait parlé. On est donc allés chez lui. Il était pas là, on a laissé les sacs et décidé d’aller voir un peu de quoi il s’agissait. Il me semble que j’avais jamais mis les pieds à Douarnenez.

Nos régions à la Bonne Franquette de Arthur Serres

Nos Régions à la Bonne Franquette reste une énorme déception. La perspective d’un tour de France des spécialités régionales m’avait séduite. Une belle idée, mal réalisée. Peut-être ai-je mal compris la couverture, le résumé.

De plus, je crois sincèrement qu’un écrit avec un tel niveau de langue n’a pas sa place dans les ouvrages édités et diffusés au grand public. Néanmoins, j’ai été surprise de lire quelques commentaires positifs de blogueurs sur les réseaux sociaux qui n’avaient pas l’air de s’en offusquer.

Si vous voulez vous faire votre propre idée, la fonction « feuilleter » ou « télécharger un extrait » sur Amazon vous permet de lire les premières pages avant d’acheter.

Nos Régions à la Bonne Franquette n’existe qu’en format numérique. Vous pouvez le trouver sur Amazon, Cultura, Decitre et bien d’autres plateformes en ligne encore !

Et vous, qu’attendez-vous d’un livre ? Le registre du langage employé dans Nos Régions à la Bonne Franquette vous dérange-t-il, à vous aussi ?
N’hésitez pas à commenter !


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