Salut au Grand Sud
Antarctique,  Voilier

Salut au Grand Sud

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Il y a une quinzaine de jours, je vous proposai un article sur Isabelle Autissier, grande dame connue pour ses exploits en mer.

Je vous indiquai alors que j’avais choisi de me plonger dans la lecture de Salut au Grand Sud, un récit d’expédition plus que de voyage, publié en 2006. Un ouvrage écrit avec l’académicien Erik Orsenna alors membre de l’équipage pour explorer l’Antarctique, puisque c’est de ce continent qu’il s’agit lorsque les auteurs nomment « le Grand Sud ».

Salut au grand Sud, un récit d'Isabelle Autissier et Erik Orsenna

De nombreux critères ont orienté mon choix vers ce titre plutôt qu’un autre parmi les 11 livres publiés par Isabelle Autissier :

  • explorer l’Antarctique, un continent sur lequel je ne mettrai probablement jamais les pieds ;
  • faire « l’expérience » de la navigation et de la vie au large, ne pouvant pas rester plus de quelques heures sur un bateau sans éprouver un violent mal de mer ;
  • satisfaire ma curiosité : mais qu’est-ce qu’un académicien vient faire pendant 2 mois sur un bateau de 15 m ?

Je m’étais déjà posé la question avec Jean-Christophe Rufin et son pèlerinage à Compostelle. Force est de constater que, bien qu’ayant le titre d’immortels, ils sont comme nous autres mortels et cherchent simplement à vivre leur vie (et leurs rêves).

Explorer l’Antarctique

L’Antarctique, c’est à la fois le continent et l’océan. Et évidemment, Salut au Grand Sud nous accompagne dans la « visite » de ces deux milieux, aussi inhospitaliers l’un que l’autre.

Antarctique, cette terre lointaine et mystérieuse
L’Antarctique, cette terre lointaine et mystérieuse

S’aventurer dans un territoire méconnu

Du port de départ à Ushuaia jusqu’à l’objectif de l’expédition situé dans la Baie Marguerite, le point le plus au sud jamais atteint par un voilier, l’équipage affronte le terrible détroit de Drake, vogue sur la Mer de Weddell, contourne la péninsule, croise sur son chemin une multitude d’îles aux noms à la fois exotiques et familiers : îles Shetland du sud, île Éléphant, île Lavoisier, île Adélaïde, etc.

Mieux vaut avoir une carte de la région sous les yeux pour ne pas s’y perdre.

Le livre en compte plusieurs et c’est appréciable, mais il est encore plus agréable de pouvoir suivre la course du navire sur une carte détaillée annexe, ce qui évitera de toujours avoir à revenir en arrière dans l’ouvrage pendant la lecture… et il faut bien l’avouer, cela donne un parfum d’aventure ! J’aurais presque eu l’impression d’être de la partie.

Pour les curieux, voir une carte du continent ici et, à plus grande échelle, voici la péninsule Antarctique entourée de son chapelet d’îles.

Voir des paysages à couper le souffle

Les descriptions des paysages, aussi bien en mer qu’à terre, m’ont littéralement embarquée. Pas besoin de photographies pour voir les merveilles du continent austral. Mes cinq sens ont été mis en éveil par les auteurs qui sont eux-mêmes en permanence aux aguets et dont les yeux s’illuminent devant un panorama unique, mobile et versatile.

S’il fait beau en Antarctique, il fait démesurément beau. Il fait beau au-dessus, au-dessous et de tous côtés. […]

Quand l’Antarctique est de bonne humeur comme aujourd’hui, il s’habille de blanc et de bleu. Montagnes d’un blanc éclatant, juste souligné d’un mince liseré brun quand la roche pointe son nez. Abondance de rivières de diamants bleutés (les glaciers). Sobre et chic.

Côté mer, nous avons droit à tout le nuancier : bleu pâle, bleu indigo, bleu layette, bleu teinté d’émeraude, azur, cobalt, lapis-lazuli, blanc à peine bleu, transparence de bleu. »

Isabelle Autissier – Salut au Grand Sud
Le continent austral

Observer, surveiller, guetter le jeu des glaces où tous les coups sont permis

Si la splendeur est omniprésente et l’émerveillement permanent, la vigilance reste de mise dans cet espace peu prévisible.

Beauté de l’immensité, éclat de la blancheur, féérie de la lumière ne doivent pas masquer les dangers de la glace et les risques de la navigation sur un océan où les outils modernes du navigateur ne suffisent plus.

Le calme d’une journée sans vent et les assauts de la tempête.

Le silence d’un territoire sans Hommes et le craquement des glaciers.

Les icebergs monumentaux et le bateau minuscule avec son équipage de lilliputiens.

La dérive des glaces dans un jour sans nuit.

« Le Grand Sud est un univers noir et blanc ». Pas de demi-mesure.

Tous les ingrédients sont réunis pour happer le lecteur. Vous n’aurez qu’une seule envie. Les suivre.

Un voilier en Antarctique

L’Antarctique, un territoire vierge ?

Malgré un accès et des conditions climatiques difficiles, cela n’effraie pas les touristes du XXIe siècle. Le tourisme de masse progresse et atteint désormais les confins de la Terre. Il n’y a qu’à rechercher sur le Web et vous trouverez des agences de voyages ainsi que des témoignages sur cette « aventure » hors du commun.

Si ça vous tente…

Déjà en 2006, lorsque Isabelle Autissier lève l’ancre du port d’Ushuaia, les bateaux de croisière partent avec des milliers de touristes à bord en faisant fi de la « fenêtre » idéale qu’attend le marin au port, parfois pendant des jours.

Au jour dit, un paquebot se présente. À l’heure dite, ses portes s’ouvrent, les milliers embarquent. Et le gros bateau s’en va pour un circuit minuté.

Isabelle Autissier – Salut au Grand Sud

Sur l’île nommée Déception, des Zodiac font des rotations incessantes pour une attraction locale. Les touristes vont pouvoir se baigner dans des piscines d’eau chaude.

Chouette ! Que de choses à raconter en rentrant à la maison ! Imaginez les selfies qu’on va pouvoir faire. Waouh !

Non, honnêtement, faut-il vraiment que l’Homme puisse ainsi accéder à tous les recoins de la Terre ? Ne peut-on pas laisser la place à la nature, à la faune et à quelques scientifiques qui œuvrent pour le bien commun ? Qu’a-t-on besoin de faire là-bas ?

Je ne crois pas qu’on puisse faire l’économie de s’interroger sur ce sujet aujourd’hui. Avec son voilier, Isabelle Autissier et son équipage n’ont quasiment aucun impact sur l’environnement. Peut-on en dire autant de ces milliers de touristes arrivés dans de gros bateaux à moteur qui viennent fouler de leurs semelles sales le territoire jusque là inviolé de la faune sauvage ?

Si, en 2006, Isabelle Autissier pouvait écrire que l’Antarctique n’était pas impacté par le réchauffement climatique grâce au courant circumpolaire, on ne peut malheureusement plus en dire autant aujourd’hui.

« En trois ans l’Antarctique a perdu autant de banquises que l’Arctique en 40 ans ! » nous révèle cet article de Futura Planète !

Mais je m’égare… Revenons à Salut au Grand Sud.

S’enthousiasmer pour une navigation hors normes

Marcher dans les traces des grands explorateurs de l’histoire

Non seulement Salut au Grand Sud permet de découvrir les paysages et la géographie du continent austral, mais s’y ajoute également tout un pan de l’histoire du XXe siècle avec les exploits de pionniers aujourd’hui oubliés (sauf par les passionnés de l’Antarctique et peut-être quelques autres férus de ces récits d’exploration qui forcent l’admiration).

Le récit d’Isabelle Autissier est en effet agrémenté de nombreuses références à l’histoire du continent depuis que les hommes y ont fait des expéditions. Un hommage à ces héros du passé partis avec peu de moyens à la fin du XIXe siècle et au début du XXe comme Gerlache, Charcot, ou Shackleton.

Les glaces résistent. L’Endurance ne progresse que lentement. Et brusquement se fige : elle est prise. Malgré tous les efforts des scies et des pics.

18 janvier 1915. Ce jour-là débute l’une des plus formidables aventures jamais vécues par des humains.

Isabelle Autissier – Salut au Grand Sud

S’ensuit le récit de l’incroyable épopée de Shakleton et de l’équipage de l’Endurance en mer de Weddell. 28 hommes qui survivent à l’enfer blanc du continent austral pendant que la Grande Guerre fait rage en Europe et réduit à néant tout espoir de mission de sauvetage.

Si vous ne connaissez pas cette histoire, je crois que ça vaut le coup de lire Salut au Grand Sud rien que pour ça ! Faut-il que les hommes soient passionnés par leurs projets et armés d’une féroce envie de vivre, pour survivre dans un lieu si hostile à la vie humaine ! Températures glaciales, vents violents, phoques et manchots pour seules ressources, pendant près de 20 mois !

Pour découvrir l’histoire de Shakleton, vous pouvez aussi regarder cette vidéo (l’expédition avec l’Endurance commence à la 9e minute 😉)

Vidéo de vulgarisation scientifique produite à partir d’images d’archives par Stardust – La Chaîne Air & Espace

Naviguer par procuration avec Isabelle Autissier, la grande classe !

Bon heureusement, les auteurs ne nous assomment pas de termes techniques auxquels les novices ne peuvent absolument rien comprendre. Oh il y en a bien sûr ! mais cela n’empêche en rien la lecture.

Au pire, si vous êtes comme moi, quelques paragraphes se soustrairont à votre compréhension de terrien·ne.

Ce qui est intéressant, c’est plutôt de percevoir la relation intime qu’entretient le marin avec la mer. Une relation teintée d’admiration et de respect. Celui ou celle qui navigue à la voile sait que c’est l’océan qui décide, que seuls les éléments sont maîtres à bord. Le marin obéit, adapte, saisit des opportunités, mais jamais ne force le destin.

Naviguer sur l’Antarctique, c’est essayer de faire corps avec la nature pour comprendre le mouvement de la glace. Écouter, observer plus que partout ailleurs. Un mouillage paradisiaque peut tout à coup devenir un enfer dans ces contrées imprévisibles.

Le danger s’accroit au fur et à mesure que le bateau avance vers le sud. La tension nerveuse devient palpable.

Peu à peu la glace se resserre. Nous progressons maintenant de clairière en clairière, au milieu de plaques à peine morcelées. Les indications d’Olivier deviennent plus évasives. Le « ça passe à l’aise » évolue en « ça devrait passer… ». Pour un peu on entendrait les points de suspension dans la voix.

Isabelle Autissier – Salut au Grand Sud

Quelle aventure ! J’en frissonne encore de recopier ces quelques lignes !

Salut au Grand Sud
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Réunir un équipage dans lequel on mettra toute sa confiance

Il est paradoxal que des individus rassemblés par leur goût du large et du grand air se supportent entassés un mois et demi à six dans un espace qui n’est guère plus spacieux qu’un appentis de jardin

Isabelle Autissier – Salut au Grand Sud

C’est drôle, cette citation me rappelle des souvenirs. Passer un an à 4 dans un camping-car semble tout d’un coup beaucoup plus luxueux.

Alors, qu’est-ce qui amène ces 6 personnes à subir un tel inconfort ?

Une passion pour l’Antarctique assurément. La garantie d’un enthousiasme en toute circonstance.

L’excitation du départ est communicative. L’engagement de chacun est total, essentiel pour la sécurité de l’équipage.

Chaque matelot tient un rôle précis. Malgré les tensions qui ne peuvent que survenir lorsque l’on vit en vase clos ainsi pendant plusieurs semaines, ces hommes et ces femmes vouent tous une admiration les uns pour les autres.

Ainsi les descriptions qu’Erik Orsenna et Isabelle Autissier font l’un de l’autre sont touchantes et nous en apprennent beaucoup sur leurs personnalités respectives.

À ceux que le mal de mer humilie des journées entières, je transmets la solution Orsenna : occuper le fauteuil laissé par Cousteau à l’Académie française. (…) J’ai une autre suggestion concernant cette résistance au mal de mer : le bonheur. À quelque heure du jour et de la nuit, Erik rayonne, s’extasie, remercie le monde entier d’être là, s’enthousiasme pour un rayon de soleil, parle avec les étoiles, s’amuse des manchots, s’émerveille devant les icebergs, chante les louanges des explorateurs.

Isabelle Autissier – Salut au Grand Sud

De plus, Erik Orsenna prend la plume pour expliquer les raisons qui l’ont poussé à accompagner Isabelle Autissier, ce qui permit de satisfaire ma curiosité primaire et de répondre à ma question de départ : mais que fait un Immortel sur un voilier de 15 mètres en Antarctique ?

Vous trouverez quelques éléments de réponses sur son site internet. Mais vous en saurez plus en lisant Salut au Grand Sud. 😉

Une aventure singulière, un récit captivant

Vivre une expérience extraordinaire avec Isabelle Autissier aux commandes ? Une merveille.

Voguer sur les flots tumultueux et imprévisibles de l’Océan Antarctique sans le mal de mer. Que demander de plus ? C’est magique la lecture !

Salut au Grand Sud, un récit d’expédition à ne pas manquer. Assurément.


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