Triangulation ou des gouts du voyage de Gloria Lanéry
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Triangulation ou des goûts du voyage

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Avec Triangulation ou Des goûts du voyage, Gloria Lanéry signe un essai loin d’être lisse et conventionnel.

Un discours qui viendra titiller le voyageur, le touriste, la femme, le sociologue ou l’historien… un récit, ou plutôt des récits (puisqu’il s’agit en réalité de 7 courtes histoires) qui interpelleront assurément tout lecteur, quelle que soit sa condition dans la société.

Sur sa page Facebook, l’auteure prévient :

Ce livre de terrain propose un point de vue personnel, parfois non orthodoxe, sur le voyage et la rencontre.

Un ouvrage au goût amer et néanmoins splendide qui me questionne encore, plus de deux mois après en avoir refermé la dernière page. Un livre que j’ai à la fois soif de relire et faim de jeter. Sentiments contrastés.

Résumé

Triangulation ou Des goûts du voyage de Gloria Lanéry

Suivez Gloria Lanéry sur ses routes lointaines — en Chine, en Inde, en Sibérie, en Afrique —, où les rencontres et les événements forment un tableau saisissant de notre monde.

Dans la quête géographique du point d’équilibre nécessaire à la marche entre le merveilleux et l’odieux, le monde, pas plus qu’il n’est plat sous nos semelles, n’est un objet étale de contemplation. Il est trop divers, trop complexe, trop brutal à l’autre bout d’un sourire accueillant pour ne lui accorder, en retour, qu’un enchantement fadasse.

Au fil de sept histoires fortes qui nous entraînent jusqu’en Antarctique, Gloria Lanéry nous offre un point de vue audacieux sur l’état de notre planète et sur celles et ceux qui l’habitent quand on y regarde de plus près, en voyageur plutôt qu’en touriste.

Un livre loin d’être commercial

Il faut croire que Gloria Lanéry ne s’est pas laissée berner par les sirènes du marketing. Elle a écrit sur son expérience du voyage sans se soucier de la réception que pourrait en faire le public, du moins me semble-t-il.

  • On nous dit que les phrases longues sont à bannir pour ne pas perdre le lecteur. Gloria Lanéry en rédige d’interminables. Il faut avouer qu’elle les maîtrise ;
  • On nous dit d’utiliser un vocabulaire simple. Peu importe, elle adopte les mots qui décrivent précisément sa pensée  et un langage soutenu ;
  • On nous dit d’éviter de trop longues descriptions. Elle brosse le tableau de Bénarès (Inde) comme le ferait un peintre, probablement mon récit préféré d’ailleurs. Quelle que soit la destination, elle s’emploie à détailler ce qu’elle a vécu avec brio ;
  • On nous dit que dans un monde de plus en plus lisse, il vaut mieux s’abstenir d’affirmer haut et fort ses positions pour plaire au plus grand nombre. Cela lui est bien égal ;
  • On nous dit que les nouvelles constituent un des formats qui se vendent le moins bien sur le marché du livre, elle choisit de publier un recueil de 7 histoires courtes . Cela permet de compenser intelligemment le poids d’une lecture légèrement plus ardue que d’ordinaire.

Triangulation ou Des goûts du voyage est donc un livre comme on n’a pas l’habitude d’en voir. Pour apprécier la lecture, restez concentré·e ! Néanmoins, ce serait dommage de ne pas aller au bout, malgré la relative complexité, malgré les points de vue tranchés.

Une vision du monde et du voyage loin de faire l’unanimité

Les positions affirmées qui ne souffrent aucun débat m’ont vraiment dérangée dans ce recueil. Si je peux adhérer à certaines de ses critiques, j’ai du mal à accepter ses avis dénués de nuances.

Le voyageur tourné en dérision

L’avant-propos au ton sarcastique plonge le lecteur dans l’ambiance immédiatement.

Leurs voyages et leurs aventures [ceux des grands explorateurs NDLR] nous ont coûté les nôtres, et ces deux mots vivent aujourd’hui d’une gloire usurpée.

Il faut donc croire qu’aujourd’hui, il n’existe plus ni voyage ni aventure ? A priori, c’est la position de l’auteure. Quiconque dit qu’il voyage ou a vécu une aventure de nos jours serait-il un imposteur ? Drôle d’entrée en matière pour un livre qui s’adresse avant tout à des amoureux du voyage.

Et, si l’aventure se définissait simplement par l’abandon de sa zone de confort ? Pour nombre de gens, voyager, c’est encore aller vers l’inconnu, même si « En quarante ans, l’avion a mis l’ailleurs à notre porte. ».

À ce sujet, il est intéressant de lire Into the wild qui apporte un autre éclairage. Son auteur, Jon Krakauer, donne un sens à l’aventure dans un monde dont on connaît pourtant les moindres recoins aujourd’hui.

La condition féminine dans Triangulation ou Des goûts du voyage

D’emblée, Gloria Lanéry s’attarde aussi sur sa condition de femme en voyage :

L’homme en voyage voit l’élan irrésistible d’autres hommes qui s’activent et tentent de vivre. La femme en voyage s’afflige de celles invisibles, voilées, violées de mille façons. Le labeur des premiers est le gage de leur liberté, celui des secondes, le sceau de leur servitude.

On comprend donc rapidement que la condition des femmes dans le monde fera partie des 7 histoires. Ce qui pourrait constituer un beau programme.

Cependant, lorsque l’auteure affirme clairement que les femmes opprimées sont responsables de leur sort, je suffoque.

À cette échelle, la victime est au moins aussi responsable que le bourreau. […] Toutes les femelles du règne animal défendent farouchement leurs petits contre leurs mâles, sans distinction de sexes, et leur apprennent à se défendre. La femelle humaine n’a appris à ses filles qu’à subir et les a livrées en pâture à vos « brutes ». Son instinct maternel est à l’évidence sélectif et la tradition a bon dos.

Je ne partage pas l’opinion de l’auteure. Son jugement est facile, sans appel. Commode d’asséner ainsi des vérités sans crainte de subir un argumentaire contradictoire. La pauvre femme qui lui donne la répartie dans « Sinaï II » en fait les frais. Le dialogue que Gloria Lanéry lui promettait un peu plus tard n’a jamais eu lieu. L’ auteure s’est défilée. Elle a préféré suivre une nouvelle rencontre plutôt que de rejoindre son interlocutrice. Tactique d’évitement pour ne pas être confrontée à ses contradictions ?

Et pour nous, lecteur, lectrice, comment débattre avec un livre ?

Je n’arrive toujours pas à comprendre comment la grande voyageuse qu’elle est peut tenir de tels propos. Le voyage est censé ouvrir l’esprit, pas mettre des œillères.

Serait-ce l’expression d’une colère sourde envers notre monde qu’elle a arpenté jusqu’aux coins les plus reculés de la planète ? L’expression d’un dégout [des goûts] du voyage ? Ses tribulations autour du globe ne faisant que lui confirmer que, où qu’elle aille, rien ne change, rien n’évolue…

Triangulation ou Des goûts du voyage, splendide découverte du monde

En dehors de certains propos qui m’ont personnellement dérangée, au point que j’aurais eu envie d’abandonner l’auteure en plein cœur du Sinaï sans un bidon d’eau, les 7 récits sont absolument magnifiques.

Un lieu, une atmosphère, une lumière, un événement, un paysage, des gens… Gloria Lanéry propose une immersion totale en terre lointaine à travers des souvenirs restés gravés dans sa mémoire et dans sa chair. Une trace indélébile, une cicatrice dont on raconte l’histoire, voilà certainement ce qui a guidé l’auteure dans son écriture.

Lisez, vous êtes arrivé·e

Élégantes, habiles, les descriptions sont sublimes. De la haute voltige. Pas besoin d’un drone pour prendre de la hauteur. Avec sa plume incisive, précise et son style « envolé », elle nous emmène à ses côtés, dans le désert du sud Lybie, dans les forêts de Sibérie, dans la vie trépidante chinoise, jusqu’en Antarctique. Elle fait appel à nos cinq sens pour une aventure émotionnelle extraordinaire.

Et je pèse mes mots ! Gloria Lanéry nous propose bien une aventure, ne l’en déplaise. (Car rappelez-vous, selon elle, l’aventure n’existe plus.)

Visitez Varanasi (autrefois nommée Bénarès) en une vingtaine de minutes de lecture. Comme si vous y étiez, je vous assure. Oui, j’y étais, là, avec elle, au bord du Gange.

Une brume faite des humeurs du fleuve et des suies volatiles des bûchers souille le mauve crépusculaire de l’aube. Le halo jaune des lampadaires borde d’un liseré cireux les palais moghols lézardés et les temples obscurs le long des berges.
Les rames grincent dans leurs tolets rouillés, fendent l’eau grasse vers les ghâts de la divine citée. Elles tirent les barques chargées de bois pour les morts, d’offrandes pour les dieux, de touristes matineux pour les photos. [..]

Des trains de brahmanes et de pèlerins s’écoulent de la pénombre en haut des berges, et viennent unir leurs psalmodies au sacre du matin et au bain des buffles.
Accroupi sur le pontage de son embarcation, un jeune rameur des intouchables jhinwars stabilise le roulis photopathique de touristes fripés de sommeil cliquant à l’est le premier arc de clarté au fond du ciel, à l’ouest les premiers ors rampant sur les façades de grés jaunes et les dômes oblongs des saints pavillons. Le jour naissant un instant se pose et se mire dans sa pure harmonie.

Lisez dans l’ordre, ou pas

Les 7 récits sont indépendants les uns des autres et peuvent donc être lus dans l’ordre souhaité. Toutefois, commencez par l’« Avant-Propos » pour comprendre la démarche de l’auteure et tenter de saisir l’état d’esprit dans lequel elle se trouve lorsqu’elle écrit son essai.

Lire les 7 histoires dans l’ordre présente néanmoins l’avantage de terminer le recueil par l’Antarctique, récit dans lequel Gloria Lanéry retrouve un peu d’humanité après son très discutable exposé dans le Sinaï sur la condition féminine.

Dans cette dernière histoire, les plus émotif·ve·s verront leurs yeux s’embuer à la lecture de son improbable rencontre avec un manchot Adélie. Gloria Lanéry détient ce petit quelque chose de génial, cette plume qui vous emporte, loin, très très loin. Émotions garanties.

Triangulation ou des goûts du voyage
Détestable. Admirable.

Voir Triangulation ou Des goûts du voyage sur Amazon, Cultura ou Decitre


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5 commentaires

  • Gloria Lanéry

    Que sous aucun angle, même celui qui vous paraît le plus obtus de ma part, “Triangulation ou Des goûts du voyage” ne vous ait laissée indifférente est le plus bel éloge que l’on puisse faire à un auteur, et je vous remercie infiniment pour la critique riche, fouillée, structurée et, oui, passionnée, que mon livre vous a inspirée.

    À vous lire et relire, elle m’a confortée dans le désir qui m’a taraudée d’écrire et d’offrir, sans doute avec impudence, à travers ces sept histoires, une part “d’aventure”, comme vous le soulignez si bien, qui me semble, en effet, manquer aujourd’hui sur les routes du monde.

    Je dois, toutefois, à votre analyse, si vous le permettez, de rectifier un point non dans l’expression mais dans l’exposition de votre désaccord avec certaines idées formulées dans “Sinaï II”, dont je savais par avance qu’elles pourraient déplaire, mais qui sont le fruit d’une longue réflexion sur la condition féminine, aussi loin que le regard porte, à l’échelle des millénaires, à force de voir désespérément, incompréhensiblement, se reproduire toujours les mêmes schémas sur tous mes chemins et dans toutes les cultures.

    Loin de me “défiler”, l’extrait que vous citez a sans doute occulté pour vous les quinze pages de dialogue, abondamment argumenté, avec ces deux femmes, et que je rapporte presque in extenso. Je proposais en les quittant “la poursuite” amicale d’une controverse déjà bien explorée dans ce chapitre et cette école de brousse avec mes compagnes de rencontre et qui n’aurait probablement pas réconcilié nos points de vue divergents en la rentamant. C’est donc sans trop d’état d’âme que je me suis laissée entraîner ailleurs.

    Si ce livre se faisait connaître plus largement – et votre critique l’y aidera certainement – et devait donner lieu à plus ample débat, je serais ravie de vous y retrouver et de confronter nos perspectives.

    Merci encore pour tout ce que vous avez dédié de temps, de colère et d’enthousiasme à Triangulation ou Des goûts du voyage.

    Gloria Lanéry.

    • Carine

      Bonjour Gloria Lanéry,
      Ah ! je suis ravie que vous ouvriez le débat ici !
      Je vais essayer de faire court, car on pourrait entrer dans des discussions interminables ! Et également, pour ne pas trop révéler de votre récit et laisser la joie aux futurs lecteurs de le découvrir…
      Le point de vue que vous exposez dans « Sinaï II » se retrouve en réalité dès votre 1er récit « Lybie » et reste sous-jacent dans la plupart des 7 histoires. J’ai choisi de citer une partie de « Sinaï II», car c’est à cet endroit que votre position est la plus clairement affirmée (et que cela me permettait de vous citer sans dévoiler le sujet du récit). Cet extrait n’a aucunement occulté les 15 pages de dialogue qui précèdent. Vous me dites aujourd’hui que votre dialogue est argumenté, mais, en tant que lectrice, je n’y ai vu qu’un seul argument, le vôtre. Bien que vos laissiez la parole à vos interlocutrices, vous réfutez avec une telle force leur raisonnement qu’on ne voit plus que votre propre plaidoirie. Votre écriture immersive, formidable pour que le lecteur s’émerveille avec vous devant les paysages, vous dessert ici. En tant que spectatrice de votre discours, j’ai perçu toute votre rage et votre envie d’en découdre. J’ai bien senti qu’aucun argument ne vous ferait changer d’avis. C’était comme si j’y étais ! Mais sans pouvoir exposer mon point de vue ! Aaaaarrh !
      Oui, cela m’a profondément gênée de lire que vous tenez les femmes pour seules responsables de leur oppression dans la société. Sans jamais prendre en compte le poids de l’histoire, de la religion, des traditions, de la société, du défaut d’éducation ou simplement du regard des autres. Donc je me questionne. Étendez-vous ce point de vue à tous les opprimés, à toutes les victimes de pouvoirs arbitraires, de génocides ? Ce discours qui fait passer les victimes pour les responsables et qui, par extension, dédouane le(s) coupable(s), a du mal à passer.
      D’où oui, c’est vrai, une certaine colère à la lecture de votre ouvrage, car ces passages trop radicaux viennent entacher des récits absolument magnifiques par ailleurs.
      Merci pour votre commentaire Gloria. D’ici quelques mois, je pense lancer une série d’interviews d’écrivains voyageurs. Je serais enchantée de vous donner la parole. Si cela vous tente, on se retrouve à ce moment-là !
      À très bientôt.

  • Gloria Lanéry

    Merci pour votre réponse Carine, dont je voudrais dégager un dernier passage. Vous me demandez :
    « […] Étendez-vous ce point de vue à tous les opprimés, à toutes les victimes de pouvoirs arbitraires, de génocides ? Ce discours qui fait passer les victimes pour les responsables et qui, par extension, dédouane le(s) coupable(s), a du mal à passer. »
    Lors de mes premières pérégrinations, quand mon sentiment sur le sujet, alors très proche du vôtre, commençait à muer vers celui que j’expose dans mon livre, je me suis posé la même question et j’ai réalisé qu’on ne pouvait pas les mettre – les victimes de pouvoirs et d’idéologies toxiques dont vous parlez et la femme – sur le même plan.
    Nous ne parlons pas ici d’un groupe, d’une communauté, ni même d’un peuple. Il s’agit de plus de la moitié de l’humanité qui de facto a accepté d’être objet et non sujet dans toutes les cultures sans exception.
    Il est criant que les femmes, nulle part, n’ont vu évoluer leur condition avant le 20e siècle quels qu’aient été les remous de l’histoire. Elles n’ont pas cherché activement en tant que telles, et non en tant qu’extension de l’homme, à s’émanciper, s’il le fallait au péril de leur vie (Olympe de Gouges en est sans doute le seul exemple). Pour nous, Françaises, l’héritage direct de la Révolution et de sa belle devise « Liberté, Égalité, Fraternité » est le Code Napoléon de 1804 qui inspirera de nombreuses démocraties mais consacre la minorité civile permanente de la femme et son incapacité juridique totale (sauf pour les fautes). En 1915, la loi lui octroie l’autorité paternelle en l’absence du mari, et pour la seule durée de la guerre. Aucune ne regimbe quand elles reperdent tout au retour des hommes. Dans toutes nos familles il y a encore des femmes qui jusqu’en 1965 (trois ans avant 68 ! cela donne le vertige) n’avaient légalement pas le droit de gérer leurs biens, d’ouvrir un compte bancaire, d’exercer une profession sans l’autorisation ou la complaisance du mari.
    La cause féminine, de toute évidence, n’en a pas été une suffisamment incitative, mobilisatrice pour pousser les femmes du monde à se révolter et les reines occasionnelles à légiférer en leur faveur. « … Le poids de l’histoire, de la religion, des traditions, de la société, du défaut d’éducation ou simplement du regard des autres » qu’invoque aussi mon interlocutrice dans “Sinaï II”, n’ont pas entravé les hommes dans leurs combats bons ou mauvais. Je ne comprends pas qu’ils aient à ce point bridé la femme. Je n’ai pas toutes les réponses, mais la féministe convaincue en moi (je vous l’assure) préfère résolument voir les femmes en quelque sorte complices de leurs bourreaux que victimes, car à mes yeux, « à l’échelle des millénaires » c’est sinon, et pour le coup, condescendant, réducteur. C’est les dépouiller de toute volonté. Et si mon point de vue paraît brutal dans le chapitre en question, c’est probablement que le discours victimaire tenu par Kasey, universellement admis, est par contraste trop lisse.
    Ces élaborations nonobstant, je n’espère pas que nos points de vue se rejoignent, mais qu’au moins vous me laisserez mon bidon d’eau 🙂
    Je serais ravie de vous retrouver pour une contribution à votre blog.
    A très bientôt, Carine.

    Gloria

    • Carine

      Effectivement, je ne pense pas que nos opinions puissent se rejoindre. Olympe de Gouges ne fut pas la seule à se battre. Il y a bien d’autres exemples de femmes qui ont combattu pour leurs droits au péril de leur vie. Toutefois, pas d’inquiétude, je vous laisserai tout de même une gourde (pleine) dans le Sinaï si nous venions à voyager ensemble !

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